
La Mort me fascine depuis longtemps. J’ai toujours eu conscience que ma vie allait s’arrêter un jour. En ma qualité de myopathe, je savais que cette fin arriverait bien plus tôt que pour un humain ordinaire. Étrangement, cette idée me convient plutôt bien. Quand je vois le monde actuel partir en vrille, je me dis que je préfère vous laisser gérer seul… Je n’ai jamais eu peur de la mort. Bien au contraire, sa présence ne m’est pas forcément désagréable, et j’avoue même que j’attends de la rencontrer avec une grande curiosité.
Bien sûr, lorsqu’elle s’en prend à mes proches, ma vision d’elle devient un peu moins romantique. Mais après tout, mettre fin à la vie d’un être vivant, c’est son rôle. Je pense même que c’est elle qui donne en partie un sens et une valeur à la vie. Ce n’est pas forcément quelque chose de triste ou de négatif pour moi, en réalité ce sont plutôt le manque et l’absence des proches disparus qui rendent la mort difficile et douloureuse. Elle peut cependant être belle : quand une personne disparaît après une vie heureuse et bien remplie, ou encore quand elle soulage des souffrances physiques ou des douleurs de l‘esprit. Je trouve ça très beau et très touchant…. Tout dépend des circonstances. Malheureusement, je vous l’accorde, la plupart du temps, elle semble n’avoir aucun sens et paraître totalement injuste.
Mes Premières Rencontres avec la Mort sont arrivés relativement tôt. Je l’ai côtoyé pour la première fois lors du décès de mon grand-père maternel. J’ai refusé de le voir sur son lit de mort et de me rendre à son enterrement, car je voulais garder l’image de lui vivant. Voir un corps sans vie n’avait aucun sens ni intérêt pour moi. Pourtant, ce n’était pas ma première confrontation avec l’idée de la mort. Mes parents l’avaient déjà abordé sans tabou avec moi au sujet de mon frère, décédé très jeune, bien avant ma naissance. Grâce à eux, j’ai pu appréhender ce sujet avec plus de facilité par la suite. Le véritable déclic est venu plus tard, avec la mort du père d’un ami proche. C’est à ce moment-là que j’ai compris que même les gens les plus proches pouvaient mourir, y compris les parents. Avant cela, je n’en avais pas vraiment conscience. En vieillissant, la vie m’a apporté son lot de décès, plus ou moins tragiques, mais par choix ou peut être par protection, je m’arrangeais toujours pour vivre ces événements à distance… Jusqu’au jour où cela m’a touché de très près, avec les décès coup sur coup de ma mère et mon cousin, il y a cinq ans. Ces pertes n’ont pas changé ma manière de voir la mort, mais elles m’ont confronté à une réalité que je ne mesurais pas pleinement : le manque. Je n’imaginais pas à quel point gérer l’absence des disparus pouvait être difficile.
J’ai toujours évité de voir les corps de mes proches décédés, même celui de ma mère. Ce n’est pas une étape du deuil dont j’ai besoin. Je ne possède pas cette attachement au culte des défunts… Pour moi, le corps n’est qu’une enveloppe ; sans vie, il n’a plus aucun intérêt. Paradoxalement, j’ai une certaine attirance, pour les cimetières et les églises. Je trouve ces lieux apaisants et empreints d’une beauté particulière, ce qui leur donne à côté très poétique. C’est mon côté gothique, j’imagine. Cela dit, je ne suis pas toujours à l’aise dans les cimetières quand il y a du monde. Je ne sais jamais quelle attitude adopter. Souvent, je me sens tellement bien dans ces lieux que je souris et me met à parler beaucoup, mais dès que quelqu’un arrive, je m’adapte et copie leur comportement pour éviter de les choquer, et je finit par partir…
En réalité la mort à toujours été présente dans ma ma vie quand j’étais petit, après mon diagnostic, un médecin m’a annoncé très clairement que ma maladie était létale et que mon espérance de vie ne dépasserait pas 20 ans. Comme j’étais déjà un chieur à l’époque, je me suis fixé pour objectif de défier la maladie et donc la mort et d’atteindre 30 ans. Aujourd’hui, j’approche de la quarantaine, j’ai doublé la mise mais désormais je me retrouve sans objectif précis, ce qui est très étrange pour moi. Je pensais naïvement que ma condition m’épargnerait certains décès. Je n’avais pas prévu de survivre à ma mère, cette femme indestructible, et encore à mon cousin. N’empêche, Yo, sur ce coup, je t’ai bien n* : j’ai réussi à te dépasser de quelques années. Finalement, un myopathe, c’est plus résistant qu’il n’y paraît…
Mais en début d’année, j’ai eu un gros problèmes cardiaques et j’ai bien cru que j’ allez pouvoir assouvir ma curiosité on rencontrant la mort, j’ai pris encore plus de recul sur la mort. Sur le moment, je fanfaronnais bien moins que maintenant, mais je n’ai rien lâché. Ce n’était finalement pas le bon moment : j’avais encore des choses à réaliser, et je ne voulais pas qu’on tombe sur mon historique internet…
Aujourd’hui, la seule chose qui m’embête avec la mort, c’est la question de la transmission. Je me fiche de partir, mais ne rien laisser derrière moi me dérange, par pure question d’égo. J’aimerais au moins transmettre ma maison. Mais pour ça, il faudrait quelqu’un pour m’épouser, et franchement, je ne peux pas leur en vouloir de ne pas se précipiter. Je ne leur conseillerais pas non plus, d’ailleurs. Un myopathe ça peut être mignon mais c’est quand même contraignant…
La mort à toujours fait partie de ma vie, c’est maintenant une vieille amie que je croise de temps en temps mais qui refuse toujours de m’emmener en balade mais je sais maintenant que je l’accueillerai avec plaisir quoi qu’il arrive… Pourvu qu’elle vienne au bon moment et qu’elle ne traîne pas trop non plus, idéalement dans 15 ans maximum ! Bref vous pouvez déjà réserver une une date pour le spectacle !
