They see me rollin’, they hatin’

Mon fauteuil roulant électrique est de loin la chose la plus cool de mon handicap, tant il m’a apporté d’autonomie et de liberté. Bon, OK, il m’a aussi (surtout) permis de réaliser un grand nombre de conneries…

J’ai eu mon tout premier à mon entrée en primaire. À cette époque, je marchais encore pas trop mal, mais ça me fatiguait énormément et les chutes étaient très fréquentes. Mes parents ont donc décidé de me mettre un fauteuil à disposition sans attendre que je perde complètement la marche. Je crois que c’était une de leurs meilleures décisions me concernant. Ce n’était pas forcément évident, car le fauteuil pouvait faire peur, puisqu’il concrétisait d’une certaine façon mon handicap.

À l’école, mon fauteuil servait surtout pour les récréations et les déplacements scolaires. Je me rappelle que je le garais sous le préau de la cour de récréation comme un simple vélo… Ça me permettait de suivre le rythme de mes potes et même parfois de les transporter à l’arrière du fauteuil. C’était mes jambes et un outil de socialisation fabuleux ! Pour mes amis, c’était un vrai jouet. Comme je marchais encore, ça m’arrivait fréquemment de leur prêter. Je dois vous avouer qu’au début, je n’étais pas un excellent pilote, avec une légère tendance à me prendre des portes et à finir dans des fossés. Je cassais pas mal de trucs à cause de la vitesse et du manque de contrôle. J’imagine que mes parents ont parfois regretté leur choix…

Au collège, je ne marchais déjà plus, mais j’avais monté en gamme niveau fauteuil, obtenant un véritable tank. Là, j’ai vrillé et je me suis lâché… L’engin était surpuissant et rapide, à l’époque, il n’y avait pas de contrôle électronique. La puissance était brutale et immédiate. C’est là que j’ai compris que j’allais pouvoir m’éclater et faire rire pas mal de monde au passage. Les portes du collège en ont fait les frais ! Je me suis littéralement éclaté avec des dérapages violents et des 360°, mes premiers pneus m’ont duré 3 mois (au lieu de 3 ans). Mais le plus mémorable, c’était quand je traînais mon cousin, couché sur le ventre et accroché derrière mon fauteuil, à travers le hall du collège ! On avait eu notre petit succès à l’époque. Je me rappelle aussi que certains potes me demandaient de leur rouler sur le pied pour voir qui supporterait la douleur le plus longtemps (on est très cons à cet âge-là). Ouais, le fauteuil, c’était vraiment un truc génial !

Au lycée, je suis devenu plus raisonnable… enfin, presque. J’ai quand même gardé mes habitudes de drifter sur le sol mouillé, au grand désespoir des responsables du ménage. Mais je faisais moins le con. Le fauteuil me servait souvent d’excuse pour mes retards. J’ai encore une anecdote bien honteuse : un jour, la fille que j’aimais m’a fait un sourire en me croisant sur un trottoir… J’ai tellement été décontenancé que j’ai dévié de ma trajectoire et suis tombé du trottoir. Ridicule !

Plus tard, en tant qu’adulte, je me suis vraiment calmé parce que je flippais carrément plus… J’imagine que c’est ce qu’on appelle la vieillesse ! Par contre, pour une certaine activité pratiquée en duo, la multiposition est absolument parfaite, quoique parfois dangereuse, mais extrêmement drôle. Mais là, je m’égare…

Bon, maintenant, parlons des choses qui fâchent…

Un des trucs dont j’ai ressenti le côté négatif, c’est la position d’infériorité à cause de la faible hauteur du fauteuil. Chaque fois que je me mets en position haute, la perception change totalement, autant pour moi que pour mon interlocuteur : ma voix est plus assurée, et on m’interrompt moins.

Autre désagrément non négligeable : le prix de ces engins. Un fauteuil roulant, c’est un luxe. Ça coûte le prix d’une jolie bagnole, entre 10 000 et 40 000 €… Oui, oui.

Et l’accessibilité… Je dois avouer que c’est assez terrible. Les handicapés sont clairement mis de côté dans la société. Enormément de lieux posent problème. Le nombre de détours que j’effectue en une journée est dingue dès que je mets le nez dehors, et je dois renoncer à un grand nombre d’activités, car mon fauteuil ne passe pas. C’est pareil pour aller voir la famille ou les amis : c’est rarement accessible, jamais adapté, et cette impression d’être un éléphant dans un magasin de porcelaine est très désagréable. Je ne parle même pas de l’hiver, où les gens me suivent à la trace avec une serpillière… Bref, dans ces cas-là, je préfère ne pas bouger et rester tranquillement chez moi.

Voilà, ici s’achève ce billet de blog… Si vous avez droit à un fauteuil, foncez ! Le plus tôt possible ! Vous ne ferez pas forcément plus handicapé, et la vie sera nettement améliorée. Le fauteuil, c’est génial : cramez vos pneus, défoncez des trucs, faites des conneries ! Et étrangement, pour séduire, ça peut fonctionner…

Profitez des rares avantages, foncez bordel !

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